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Salon Mobizi : l’électrique oui, mais avec la sobriété

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Au salon Mobizi 2024Au salon Mobizi 2024

Si le salon de la mobilité décarbonée Mobizi qui s’est tenu début avril 2024 à La Gacilly a fait une très large place aux véhicules électriques, il était aussi beaucoup question de report modal, de remplissage des véhicules et de sobriété. Des entreprises ont déjà obtenu ainsi de bons résultats. Entre discours et témoignages.

La voiture électrique pour tous ?

Voici le second volet de notre reportage sur le salon Mobizi qui s’est tenu à La Gacilly les 4 et 5 avril derniers. Le premier article était consacré à l’électrification des véhicules pour décarboner la mobilité. Cette solution permettra-t-elle à elle seule de tenir les différents objectifs annoncés au niveau de la France, de l’Europe, et même du monde ?

Bruno Chavatte est « Shifteur ». Il est donc l’un des 20 000 bénévoles qui adhèrent à la vision du Shift Project développée par l’ingénieur, enseignant et conférencier Jean-Marc Jancovici. L’équipe s’active pour limiter le dérèglement climatique et réduire la dépendance aux énergies fossiles. Ekinox, l’organisateur de l’événement breton imaginé pour les professionnels et collectivités, a été bien inspiré de convier un représentant de ce groupe de réflexion.

Cette voix a d’ailleurs permis aux élus présents de légitimer les efforts effectués en direction des transports en commun, en préparation au report modal. Pour les shifteurs, passer au tout électrique à relativement court terme coincera forcément en raison des millions de VE à produire et du courant nécessaire pour les recharger.

« Chaque térawattheure compte »

Pour Bruno Chavatte, c’est d’abord le cuivre qui poserait problème, avec déjà des volumes insuffisants dès cette année ou l’année prochaine, du fait des besoins pour les moteurs des voitures électriques, mais aussi pour fabriquer des éoliennes et panneaux solaires ou construire de nouvelles centrales nucléaires. D’où l’importance du recyclage.

Des tensions pourraient également se produire concernant le nickel et le manganèse, mais pas avec le lithium. Pour ce dernier, le risque est davantage dans la tentation de l’extraire de façon non durable dans l’urgence : « Normalement, les constructeurs doivent faire du reporting s’ils constatent que l’origine des matériaux pose un problème social ou environnemental ».

Le shifteur a aussi mentionné l’actuelle dépendance géostratégique de l’Europe concernant des matériaux comme le graphite, le cobalt et le lithium, et une fin de vie des batteries qui n’est pas satisfaisante : « Aujourd’hui, on les broie pour les envoyer en Chine ». L’ensemble plaide pour la recherche de la sobriété dans nos déplacements.

Des voitures plus petites

Diane Strauss, la directrice du bureau français de Transport & Environment (T&E), a aussi évoqué cette nécessaire sobriété, précisant qu’à échéance 2035, « ça va être tendu d’avoir de l’électricité pour tous les usages ». S’appuyant sur des projections de RTE, elle estime que « le bouclage sera possible, mais difficile » et que « chaque térawattheure compte ».

C’est aussi pour cela qu’elle milite en faveur de l’électromobilité à batterie face à l’usage d’autres pistes beaucoup moins efficaces énergétiquement : « Il ne faudrait utiliser l’hydrogène et les carburants synthétiques que quand ce serait nécessaire ».

Plaidant pour des modèles électriques à 20 000 euros avec une autonomie de l’ordre de 300 km, Diane Strauss a souligné : « Les constructeurs ont oublié ce que sont les petites voitures ». Une prise de position illustrée par Bruno Chavatte : « Réduire la taille des voitures pour une autonomie de 350 km permettrait d’économiser 25 % de ressources ».

La représentante de T&E espère un effort du côté des entreprises : « Ce sont principalement elles qui achètent des voitures neuves en France », avec une part d’environ 60 %. Et les automobilistes ? « Les particuliers ont moins de moyens que les professionnels. Les ménages se contentaient auparavant de citadines. La tendance actuelle est de vouloir une voiture couteau suisse, plus grosse ».

Report modal, sobriété et remplissage des véhicules

Les réserves émises par Bruno Chavatte et Diane Strauss lors de la conférence d’ouverture ont été confirmées dans la table ronde intitulée « Décarboner par l’électrification ». En particulier par Laurent Perron, chef de projet en industrie automobile pour The Shift Project : « Des arbitrages devront être faits pour définir et servir les secteurs prioritaires, y compris à l’échelle régionale, et même locale. Remplacer en France 40 millions de voitures par des électriques, on n’y arrivera pas ».

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L’électrification des véhicules lui apparaît bien « indispensable », en jouant en même temps sur quelques curseurs : diminuer les trajets, recourir au report modal et remplir les véhicules. Il a prévenu : « Nous atteindrions à peine les objectifs de décarbonation pour 2030 avec les véhicules électriques ».

Dans ces derniers, il n’inclut évidemment pas les hybrides rechargeables : « Ces véhicules seront certainement à l’origine du prochain scandale automobile ». En disant cela, il ne vise pas les automobilistes qui exploitent au maximum le mode VE, mais les entreprises qui profitent des dispositions fiscales alors que leurs voitures roulent la plupart du temps en grillant du carburant.

Délégué à la coordination et à l’innovation chez EDF, Marc Posnic a chiffré lors de la table ronde les gains que l’on peut attendre du changement d’habitudes : « Avec la sobriété et le report modal, on peut gagner 20 % sur les émissions de CO2. Pour le reste, il faut aller vers l’électrification ».

Des professionnels montrent l’exemple

Soutenu par l’Ademe et la région Bretagne, Mixenn est un programme lancé en 2021 au service des transporteurs pour les aider à accélérer la conversion de leurs flottes de véhicules. Et ce, avec un mix énergétique renouvelable qui comprend principalement le bioGNV, l’hydrogène et l’électricité. Le report modal et l’optimisation des flux sont des leviers que l’organisme engage également à activer.

À travers le Mixenn Tour qui avait pour seconde étape le salon Mobizi à la Gacilly, il s’agissait en particulier de proposer aux professionnels présents des sources d’inspiration pour accélérer la transition énergétique. Elles étaient à retrouver dans les différents témoignages qui s’alignaient en mode pitch, à raison de 4 minutes par intervenant.

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À La Gacilly, le groupe Rocher jouait à domicile. La directrice qualité et RSE Marion Decroix a fait état de conséquentes réductions sur l’empreinte carbone en menant de front plusieurs actions. Déjà, les collaborateurs sont encouragés à adopter le covoiturage, le vélo ou le bus.

Avec une baisse de 60 % sur les émissions de gaz à effet de serre, les tracteurs logistiques sur les différents sites présents dans la commune sont passés à l’électrique. En adoptant l’Oleo100 comme carburant des camions et en maximisant le taux de remplissage pour moins de rotations, l’entreprise a rapidement pu enregistrer une réduction de 68 % avec peu d’investissement sur l’empreinte carbone du transport de ses produits.

Démarche Fret 21

Le groupe Rocher n’était pas seul début avril 2024 à témoigner des efforts effectués en interne au niveau du taux de remplissage des camions. C’était aussi le cas des sociétés Atlantem et Lobodis, engagées dans la démarche Fret 21 de l’Ademe.

La première conçoit et fabrique des éléments de fermeture pour les maisons, depuis les volets qui peuvent être conditionnés sur des palettes jusqu’à de grands portails nécessairement transportés unitairement (vrac). Son directeur logistique Christophe Serre a fait état du poids carbone engendré par un éclatement géographique en 13 sites sur toute la France : « En réduisant de 28 à 8 les tailles de nos conditionnements, nous avons obtenu une meilleure densité de charge dans les camions ».

En outre, les liaisons de plus de 500 km sont désormais confiées au rail. Parmi les autres points qui ont fait l’objet d’une attention particulière depuis quatre ans pour faire baisser l’empreinte carbone : répartition des hubs logistiques, ramassages intersites, livraisons du dernier kilomètre.

La route et la mer

Depuis 1988, Lobodis s’est installé en Bretagne comme torréfacteur. L’entreprise mène une démarche d’inclusion en employant des personnes en situation de handicap, s’intéresse au sourcing de ses fournisseurs, et cherche à modérer l’empreinte carbone de son activité. Elle a été l’une des premières à rejoindre le groupe d’intérêt économique des chargeurs Pointe de Bretagne, permettant de faire voyager ses lots de produits vers les plateformes logistiques en mutualisant l’espace de chargement dans les véhicules.

Deux fois par semaine, un camion vient ramasser ses palettes qui sont acheminées vers 25 points en France — dont 15 qui dépendent de l’enseigne Carrefour — avec celles des autres membres du GIE. Ici aussi une réflexion a été menée pour revoir la taille des conditionnements. Avec pour bénéfice de loger 20 à 25 % de plus de marchandises par palette. Ainsi, l’empreinte carbone du transport aval a baissé de 10 %.

Avec des producteurs fournisseurs en Afrique, Asie et en Amérique latine, les flux en amont n’ont pas été pour autant négligés. C’est pourquoi Lobodis est sociétaire de Windcoop qui va proposer un moyen de naviguer pour rendre plus vertueux encore le commerce équitable. Grâce à la voile, les bateaux consommeront bien moins de carburant.

Comme ils seront de petites tailles et autonomes pour la manutention, les navires rejoindront des ports secondaires. En plus d’éviter de surcharger davantage les destinations fortement congestionnées, ce choix s’accompagnera d’une réduction du transport routier. Après Marseille-Madagascar qui sera ouverte en 2026, une seconde ligne tracera une route jusqu’en Amérique centrale.



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