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Olivier roule en Volkswagen e-Golf au Québec grâce à Donald Trump

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La Volkswagen e-Golf d'Olivier au Québec

Français expatrié au Québec depuis un peu plus de 16 ans, Olivier est passé à l’électrique en 2020, quittant une Volkswagen Golf GTI. De retour en Europe dans six mois à deux ans, il pense racheter le même modèle.

Une carrière de chef pâtissier au Québec

Olivier est arrivé au Québec en 2007 : « C’était l’aventure, vivre le rêve américain qui a bercé beaucoup de Français. J’avais 35 ans, maintenant plus de 50. C’est une belle expérience qui m’a permis de découvrir autre chose, de vivre avec un autre système en adoptant d’autres règles. Il a fallu attendre environ un an pour obtenir le visa permettant de s’installer, mais pas plus de 48 heures pour trouver un travail une fois sur place ».

À condition de se bouger : « Il a fallu faire sa place. L’installation a été relativement facile, mais il ne faut cependant pas idéaliser : tout n’a pas été toujours rose. Pour les jeunes d’aujourd’hui, ce serait plus difficile qu’à l’époque. Déjà en raison de la pandémie de Covid ».

À l’adolescence, Olivier avait suivi des études de pâtissier : « S’il y a bien quelque chose que les Français peuvent vendre ici, c’est tout ce qui tourne autour de la bouffe. Je ne comptais pas exercer dans cette branche à long terme, mais j’y ai réussi, devenant rapidement chef pâtissier. Je me souviens encore de la fierté que j’ai ressenti en recevant mon premier salaire au Québec ».

Un revirement inattendu de situation

La Volkswagen e-Golf est la première voiture électrique d’Olivier : « Je l’ai reçue neuve en février 2020. Je terminais une location de quatre ans sur une Golf GTI dont je suis ressorti très satisfait. Ici, avec le climat, il vaut mieux louer les voitures que de les acheter. Entre les produits corrosifs pulvérisés sur les routes et des températures qui descendent à -30 et même -40° C, elles pourrissent rapidement. La location permet d’éviter pas mal de problèmes ».

C’est en évoquant avec des collègues la suite derrière la compacte sportive qu’Olivier a pensé à l’électrique : « Ça m’agaçait depuis longtemps, ce prix de l’essence qui monte et qui descend. Et bien sûr, c’est volontairement plus cher juste avant Noël et les départs en vacances. L’électrique m’est apparu comme la bonne solution, mais il était très difficile de trouver une Volkswagen e-Golf ».

L’élection de Donald Trump aux États-Unis en 2017 a été une aubaine pour son projet, grâce à une décision prise en cours de mandat : « Il a fait supprimer dans son pays les aides du gouvernement fédéral à l’achat d’une voiture électrique. Volkswagen qui avait constitué des stocks de e-Golf s’est retrouvé avec plein d’exemplaires sur les bras. Du coup, elles ont été expédiées au Canada. Dès lors, on en voyait dans toutes les concessions. Il y a toutefois eu un peu d’attente en raison d’un petit problème de norme ».


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Pas d’électrique américaine pour lui

Avant de se décider pour la Volkswagen e-Golf, Olivier avait essayé la Nissan Leaf. Mais certainement pas la Chevrolet Bolt : « Le concept de base est bien, mais le gros défaut de la Bolt, c’est que c’est une Chevrolet. Les Américains ne font pas de super voitures. Elles ne sont pas fiables, nécessitant un nombre incalculable d’interventions, y compris au niveau de la batterie. Même les voitures japonaises fabriquées aux États-Unis souffrent de ce problème, car ils reçoivent des pièces des mêmes sous-traitants. Sur une Toyota américaine, il faut par exemple changer les roulements de roue vers 60 000 km ».

Pourquoi cette situation ? « Il faut comprendre l’esprit américain, orienté pour faire de l’argent. Je vais prendre l’exemple de quelqu’un qui veut faire construire une terrasse chez lui. Un Européen va faire en sorte qu’elle dure 20, 30 ans et même au-delà pour qu’elle profite à ses enfants plus tard. L’Américain, lui, va chercher le soumissionnaire qui va lui réaliser ça au moins cher et il sera très content comme ça, même si la réalisation ne dure pas ».

Et Tesla ? « J’adore Elon Musk pour le coup de pied qu’il a donné à la fourmilière et qui a changé le monde. Mais les Tesla sont aussi faites pour gagner de l’argent. La marque vend une super technologie. Rien à dire sur le moteur, la batterie et l’ordinateur embarqués dans ces voitures. C’est tout le reste qui ne tient pas : les sièges, les appuie-tête, la peinture, etc. ».

Des routes éprouvantes pour les voitures

Ces appréciations que donnent Olivier sont à prendre avec le contexte géographique : « En plus du climat, il y a l’état des routes. Les autoroutes ici sont des champs de mines. De manière générale, les routes québécoises ont une réputation et elles la tiennent. Il y a plein de gravillons. Conserver son pare-brise quatre ans est un exploit, même un record. Les peintures souffrent, et tout particulièrement celles des Tesla Model 3. Il y a sans doute des différences de qualité selon le pays de fabrication et la série ».

Cette situation explique aussi le succès des voitures européennes en Amérique du Nord : « Comme les Européens, les Américains ont tendance à penser que l’herbe est plus verte ailleurs. Disons plutôt que chaque pays a ses forces et ses faiblesses. Ce qui est sûr, ce que l’organisme de certification allemand TÜV distingue la Volkswagen e-Golf en tête du classement des voitures électriques pour sa fiabilité ».

En quatre ans et 92 000 km, notre interlocuteur n’a rencontré que très peu de problèmes : « Juste, fin 2023, au niveau du chauffage, en raison de l’oxydation sur un câblage ». D’où une satisfaction qui le pousse à poser un acte inédit pour lui : « Jusqu’à présent, je n’ai eu ici que des voitures en location. Je compte racheter cette e-Golf et la conserver jusqu’à mon retour en Europe, dans six mois, deux ans, je ne sais pas encore. Sa valeur de rachat sera très faible, bien moins chère que celle du marché ».

Moins de 100 km par -40° C

Comme sur tout véhicule électrique, l’autonomie de la Volkswagen e-Golf chute sous les températures extrêmes du Québec : « En fin de charge, la voiture m’indique 170 km d’autonomie. J’ai 104 km à parcourir aller-retour en empruntant une autoroute. Ici la vitesse est limitée à 100 km/h sur ces voies. Lorsqu’il fait -30° C, en jonglant avec le chauffage et en limitant la vitesse, en général ça passe. Trois ou quatre fois par hiver, quand on a des températures encore plus basses, je dois recharger 2 heures dans la journée à 7 kW. Ce qui doit me coûter deux dollars canadiens [NDLR : 1,36 euro selon les cours au 28 février 2024] ».

Olivier estime que sa voiture électrique lui a fait économiser beaucoup d’argent : « La recharge est effectuée à 99 % du temps à la maison. Pour mes 22 000 km annuels, je paye 250 dollars d’électricité [NDLR : 170 euros]. Les économies portent aussi sur l’entretien ».

Ce n’est pas seulement en raison du volet économique qu’il pense racheter son e-Golf : « Je le fais aussi parce que c’est une voiture très agréable à conduire. Malgré le traitement qu’elle a subi sur les routes québécoises, rien ne vibre dans l’habitacle. De retour en Europe, je reprendrais peut-être une e-Golf d’occasion. C’est une voiture que je trouve très pratique et confortable. Il y a trop de problèmes informatiques sur les nouvelles voitures électriques de Volkswagen, comme les ID.3 et ID.4 ».

Des VE devenus trop chers

Au Québec, certaines voitures électriques se rencontrent plus couramment que d’autres : « C’est le cas des Tesla Model 3, Volkswagen ID.4 et Polestar 2. Le Hyundai Kona est très populaire aussi ici. La Chevrolet Bolt se voyait aussi beaucoup, mais elle est en voie de disparition. Les voitures électriques sont devenues trop chères. Les modèles du gabarit des Nissan Leaf, Volkswagen e-Golf et de la berline Hyundai Ioniq disparaissent, remplacés par des VUS beaucoup plus coûteux ».

Le phénomène SUV existe aussi au Québec, pas spécifique à l’électrique : « Entre 2007 et 2010, on voyait beaucoup de voitures compactes, comme les Mazda 3 et Honda Civic. Ensuite sont arrivés des modèles du genre Toyota Rav4 et Honda CR-V. Maintenant, ce sont surtout des VUS, que les gens ont adoptés en raison de l’image de sécurité qu’ils renvoient. Mais les prix sont stratosphériques ».

Les Québécois sont aujourd’hui réticents à rouler électrique : « Déjà, les concessionnaires n’ont jamais les modèles d’entrée de gamme, mais toujours ceux les mieux équipés. Pour un Subaru Solterra ou un Toyota bZ4X, il faut compter des mensualités de l’ordre de 1 000 dollars [NDLR : 680 euros], avec des taux de financement à 10 %. Résultat : il fallait deux ans d’attente pour toucher un ID.4, désormais les concessionnaires Volkswagen font de la pub sur Facebook pour tenter de placer ceux qui inondent leurs parcs ».


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L’essence est devenue plus rentable au Québec

Une catégorie d’automobilistes québécois continue à acheter des voitures électriques : « Ce sont ceux qui le font par écologie. Eux, ils feront tout pour continuer à rouler avec des VE. Pour ceux qui, comme moi, le font pour la rentabilité, ces modèles ne sont pas intéressants. Quand je compare avec la politique économique en Europe, je me dis qu’ici, on marche sur la tête ».

Cette hausse très nette sur le prix des VE a des effets pervers : « De nombreux Québécois s’intéressent spontanément aux véhicules électriques. Mais ils n’achètent plus, car pour ceux qui, par exemple, roulent 15 000 km à l’année, l’essence est plus rentable ».

Automobile Propre et moi-même remercions beaucoup Olivier pour sa disponibilité et son témoignage très intéressant que nous avons sollicité. Un grand merci également à notre lecteur Franck, expatrié avec lui, qui a organisé la rencontre téléphonique.



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