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Les États-Unis font de l’œil aux constructeurs européens

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L’automobile, nouvelle source de discorde économique entre l’Europe et les États-Unis. D’un côté de l’Atlantique, la marche forcée vers l’électrique dans laquelle chaque constructeur est tenu de s’inscrire, de l’autre une révolution largement subventionnée par les pouvoirs publics. Volkswagen demande aux 27 de s’aligner sur la politique américaine.

Il y a quelques jours, le groupe Volkswagen annonçait en grande pompe un investissement de 2 milliards de dollars dans la construction d’une nouvelle usine en Caroline du Sud. À la clé la création de 4 000 emplois, début de production prévue 2026, pour la marque Scout rachetée en 2020 et, sans doute, destinée au seul marché américain. Dans le même temps, l’Allemagne, berceau du Groupe Volkswagen, freinait des quatre freins sur le projet de l’Union européenne d’interdire la vente de voitures thermiques en 2035. Le prétexte, le développement des carburants de synthèse pouvant éventuellement accompagner le passage à l’électrique. Mais pas seulement. Les constructeurs ont l’oreille des autorités outre-Rhin, quelles que soient leur couleur politique. D’abord, ils emploient directement près de 900 000 personnes, plus du triple qu’en France, et la fabrication de véhicules électriques en nécessitent beaucoup moins. Ensuite, ils ne veulent pas mettre un terme à leur savoir-faire technique qui fait leur réputation à travers le monde en matière de moteurs qui font du bruit, moteurs qui continueront à trouver preneur ailleurs – entendre loin du continent européen – même après 2035.

Première manche USA

Ainsi, courir les deux lièvres à la fois, l’indispensable développement de l’électrique et l’excellence thermique, demande des tonnes d’investissements. Le Groupe VW n’entend pas sous-estimer le premier, le dieselgate est encore dans toutes les mémoires, et ne veut pas négliger le second, un Taycan c’est bien mais un Flat 6 c’est pas mal non plus. Le gouvernement américain a souhaité satisfaire les deux. Ce que perd l’ultra-libéralisme est récupéré par le pragmatisme. Les constructeurs écouleront leurs modèles, électriques ou thermiques, au gré de la politique de chaque état – une vente est une vente, base du business. La recherche-développement pour les modèles à piles sera, elle, largement subventionnée, histoire de ne pas laisser le champ-libre aux productions chinoises. Cette politique ouvertement protectionniste se nomme « IRA », Inflation reduction act, et accompagne toute implantation de nouvelle usine, notamment de batteries, sur le territoire américain.

Riposte européenne au point mort

Et, das ist das Problem. VW ne serait pas contre s’installer sur le vieux continent, mais aimerait prétendre au même coup de pouce que celui dont il bénéficierait aux États-Unis. En cause, une usine de cellules de batteries, des emplois et des retombées économiques à l’avenant. « Nous avons besoin de conditions-cadres compétitives », constate un porte-parole du constructeur, termes feutrés adressés à Bruxelles pour indiquer que le Groupe n’étant pas une entreprise philanthropique, il poserait ses investissements où cela lui sera le plus favorable. C’est de l’économie certes, de la politique aussi, de la diplomatie certainement, et aussi -beaucoup – de l’avenir de l’automobile européenne.



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